Nouveaux usages du mobile en médecine dans les pays émergents

myspace_logo “Il y a 2,2 milliards de téléphones mobiles dans les pays en voie de développement, pour 305 millions d’ordinateurs et seulement 11 millions de lits d’hôpital disponibles” déclarait Terry Kramer, le directeur de la stratégie de l’opérateur Britannique Vodaphone lors du Mobile World Congress à Barcelone la semaine dernière. C’est la raison pour laquelle Vodaphone, les Nations Unis et la mHealth Alliance de la Fondation Rockerfeller se sont unis pour promouvoir l’usage des téléphones mobiles destiné à aider ceux qui ont besoin d’un accès aux soins dans les pays en voie de développement.

Le partenariat

L’alliance veut servir de guide aux gouvernements, aux ONG et aux entreprises sur la façon dont les technologies mobiles peuvent servir à sauver des vies.

Dès à présent, les technologies mobiles supportent et améliorent des opérations de santé publique à travers le monde. Dans une étude récente publiée par les Nations Unis et Vodaphone intitulée ‘mHealth for Development: The Opportunity of Mobile Technology for Healthcare in the Developing World’, plus de 50 initiatives de ce type réalisée dans 26 pays différents ont été passés en revue. Le pays à en faire le plus usage est l’Inde, avec 11 projets, suivie de l’Afrique du Sud et de l’Uganda, qui en expérimentent chacun six.

Quelques exemples

  • Envoyer au médecin traitant des mise à jour via SMS sur une maladie et son traitement.
  • Permettre aux travailleurs du secteur médical de saisir des données sur le terrain avec leur mobile.
  • En Afrique du Sud, le SIMpill est une boite de médicament équipée d’une carte SIM qui informe les médecins à chaque prise de médicament de leurs patients dans le cadre de traitement contre la tuberculose.
  • En Uganda, un questionnaire à choix multiple sur le SIDA, réalisé par SMS, a été envoyé à 15.000 personnes (en opt-in) les invitant à répondre et à passer un test de dépistage. Ceux qui avait complété le formulaire gagnaient des minutes de communication gratuites. A la fin du questionnaire, un SMS final encourageait les participants à passer un test de dépistage, faisant passer le nombre de tests réalisés de 1000 à 1400 en six semaines.
  • Dans l’état d’Amazonie au Brésil, les praticiens remplissent des formulaires sur leurs téléphones mobiles pour rendre compte de l’évolution de l’épidémie de dingue transmise par les moustiques.
  • Au Mexique, une hotline appelée MedicallHome permet aux patients de répondre à un questionnaire via SMS.

La puissance des technologies mobiles

Au delà de l’aspect altruiste de l’usage médical des technologies mobiles, le rapport des Nations Unis démontre également aux opérateurs comment de telles initiatives peuvent créer de la valeur pour leur industrie. C’est crucial, dit Claire Thwaites du partenariat ONU/Vodaphone, dans la mesure où cette industrie, comme beaucoup d’autres, doit faire face à la crise.

Les technologies mobiles sont relativement peu coûteuses, et facile à mettre en place, et elles peuvent dès lors couvrir des régions rurales qui ont désespérément besoin d’un accès à la médecine, alors que l’essentiel des médecins se trouvent dans les régions urbanisées. En Inde, par exemple, rapporte Dan Warren, le directeur des technologies de l’Association GSM, qui organise le MWC à Barcelone : “un million de personnes meurent chaque année simplement parce qu’elles n’ont pas accès à des soins de base. C’est à mettre en rapport avec le fait que 80% des médecins vivent dans les villes, et ne pratiquent pas dans les campagnes, où vivent 800 millions de personnes”.

Tout n’est pas parfait

L’utilisation des technologies mobiles n’est pas la panacée pour résoudre les problèmes de santé dans le monde. Selon Elizabeth Boehm, analyste chez Forrester, l’un des plus gros problèmes avec l’utilisation du mobile dans le secteur médical est que “Ceux qui ont le plus besoin de soins sont généralement les plus âgés, et souvent ils n’utilisent pas le téléphone mobile, ou ne sont pas à l’aise avec”. Cela limite l’utilisation des mobiles quand il s’agit de faire des campagnes d’information de santé publique.

Ceci dit, au fur et à mesure que cette technologie se répand partout sur la planète, il est aisé de voir comment, avec le temps, les téléphones mobile pourraient devenir des “médecins dans votre poche” pour les moins fortunés des citoyens du monde.

Article publié dans l’édition US de ReadWriteWeb et dans le New York Times


Recommandez cet article à vos amis

et rejoignez nous sur Facebook et Twitter...



11 commentaires pour cet article

  1. arnaudv

    Il s’agit d’un partenariat très intéressant. Dans ces pays, le déploiement de réseau gsm (ou autres) permettait déjà de se passer de l’étape du déploiement du réseau filaire pour un coût moindre.
    Il s’agit d’une étape supplémentaire qui est l’utilisation des téléphones mobiles comme interface de saisie et de communication d’informations importantes (sur la santé mais aussi cours des denrées sur un marché, …).
    Il ne manque que la derière étape : l’utilisation conjointe d’ordinateurs à faible coût (netbooks ou ordinateur de type OLPC) avec un téléphone mobile servant de modem…

  2. Fabrice Epelboin

    Oui, sur le même thème, voir aussi
    http://rww.zergy.net/2008/10/05/analyse/les-media-sociaux-en-afrique-deuxieme-partie-innovation-et-mobilite/
    ainsi que
    http://rww.zergy.net/2008/10/13/analyse/les-media-sociaux-en-afrique-troiseme-partie-democratie/

  3. Thomas

    Bonjour et merci pour cet article.

    La difficulté à construire un système de santé efficace dans les pays en voie de développement tient beaucoup à l’éclatement de l’habitat, à des populations à majorité rurale ainsi qu’au peu de voies / moyens de circulation.

    En ce sens, le téléphone mobile peut acheminer des informations bien plus vite pour un coût bien moindre et son utilisation comme outil des programmes de santé devrait être intégré à l’actions d’ONG médicales et des ministères de la santé. Il semble que c’est encore peu le cas.

    Mais dans quelle mesure un outil comme le téléphone peut-il pallier au manque et à l’absence de ressources humaines ?
    http://blognotes.solidairesdumonde.org/archive/2009/02/19/ou-sont-les-medecins-d-afrique.html

    Par ailleurs, il est évident (mais pas si clair dans l’article :) que ce n’est pas l’usage du mobile par des populations vulnérables qui est en jeu, mais bien plutôt l’intégration de cet outil dans les usages des professionels de la santé.

  4. Fabrice Epelboin

    @Thomas

    « Mais dans quelle mesure un outil comme le téléphone peut-il pallier au manque et à l’absence de ressources humaines ? »

    Il ne s’agit pas de remplacer qui que ce soit mais de faire quelque chose maintenant, et vite, plutôt que de se perdre en discussions sur des moyens qui ne sont pas là et qui ne sont pas vraiment assurés de l’être un jour (il y a déja plein de monde pour faire cela, et c’est important de le faire par ailleurs).
    C’est une approche pragmatique, qui a le mérite de dégager rapidement des méthodes et des usages applicables à des coûts très faibles et très rapidement.
    Évidement, à terme, l’idéal est que ces pays disposent de soins gratuits et d’hôpitaux en masse.

    « ce n’est pas l’usage du mobile par des populations vulnérables qui est en jeu »

    Si, si, dans l’usage qui consiste par exemple à répondre à un questionnaire sur le Sida pour inciter au dépistage, ou celui qui consiste à faire un compte rendu de l’état d’avancement du traitement à un médecin distant, ou encore la boite de pilule avec carte Sim, on a bien à faire à l’utilisation du mobile en médecine par des population (vulnérable au besoin).

    Si ta remarque concerne des populations vulnérables non pas en terme d’état de santé mais dans l’absolu face à un pouvoir autoritaire, je te renvoi au premier lien de mon commentaire ci dessus, là aussi, le mobile peu aider (et là aussi, ce n’est pas la panacée universelle) ;)

  5. Simon

    Juste pour l’information des lecteurs que cela intéresse nous avons sur le site applicationiphone.com la chance d’avoir le Dr Rault du CHU de Rennes qui nous présente bi-mensuellement une application iPhone qu’il utilise dans le cadre de sa pratique professionnelle – nous avons mis cela en place très récemment (son premier article doit paraître cette semaine) et peut être vu/lu ici :

    http://www.applicationiphone.com/applications-iphone-medicales/

  6. Changeurs de monde

    Article très intéressant, merci Fabrice

    @arnauddv
    Ne crois tu pas, concernant ta dernière remarque, étant donné que les mobiles deviennent peu à peu de véritables mini-ordinateurs et que l’étape netbook n’aura pas lieu ?

  7. Patrice Thomas

    Article très intéressant et m’a fait pensé à une innovation relayée par Wired fin dec 2008.

    http://www.pourceuxquiaimentlenet.fr/?p=124

  8. arnaudv

    @Changeurs de monde : je ne suis pas entièrement d’accord avec toi car je crois qu’il existe un réel besoin d’ordinateur peu chers mais avec un écran permettant de traiter plus d’informations qu’avec celui d’un Netbook ou d’un smartphone. De plus, on trouve plein d’écrans pas chers qui peuvent être couplés à un vieux pc. Le pb devient celui de couplet téléphone et ordinateur

  9. Fabrice Epelboin

    Sauf à imaginer que la dichotomie actuelle téléphone/netbook ne soit qu’une étape transitoire… l’iPhone est déjà un hybride intéressant (comme le dit Apple, c’est « aussi » un téléphone) et les tablette PC dont beaucoup prédisent le grand retour pourraient venir perturber cela aussi…

  10. Thomas

    @ Fabrice. Merci pour tes précisions.

    mon précédent commentaire tend à souligner l’importance première du manque de ressources humaines dans les systèmes de santé des pays en voie de développement. Et c’est en tant qu’ils permettent de faire plus avec autant de ressources humaines que de tels dispositifs trouvent leur utilité.

    C’est pour ça qu’il me semble que les usages des technologies mobiles au service de la santé s’adressent dans un premier temps aux professionels de santé, pas aux patients.

    Et quand ces patients vivent dans les villes et sont susceptibles d’être informés par d’autres moyens que le portable, je ne vois guère l’intérêt de mener un questionnaire via le mobile (si ce n’est que la réponse par le mobile peut garantir un certain anonymat du répondant).

    Enfin, en quoi les technologies mobiles sont relativement faciles (quand plus de 50% de la population d’Afrique ne sait ni lire ni écrire et quand des études montrent que l’usage du mobile et des NTIC peuvent être sources de déstabilisation au sein de la famille http://www.pressafrik.com/Senegal-Femme-et-TIC-les-valeurs-culturelles,-principal-facteur-bloquant_a526.html) et peu couteuses (pas de réseau électrique, pas de couverture des zones rurale) ?

  11. Fabrice Epelboin

    @thomas En vrac, oui, pour une population illettrée et sans aide de personnes lettrés, en effet, c’est pas gagné.

    Pour l’alimentation en électricité, il y a des solutions (solaire, notamment), dédiées au portable.

    Le portable réduit les coûts, donc permet dans des pays pauvres à plus de gens d’avoir accès à des soins desquels ils seraient en temps normal exclus pour des raison économiques.

    Personne ne prétend que le portable va résoudre tous les problèmes, je crois l’avoir répété à deux reprises dans mon article, ceci dit, j’ai bien compris que tu prône le remplacement de ce genre d’approche par une approche avec plus de moyens humains, ces pays attendent ton chèque, le montant, inutile de le préciser, se compte en milliards, merci pour ta générosité, parce que si on compte sur le FMI ou les dirigeants de la planète, malheureusement, c’est pas gagné :(

2 Trackbacks For This Post

  1. A lire ailleurs du 17 février au 6 mars | traffic-internet.net :

    [...] ReadWriteWeb France : Nouveaux usages du mobile en médecine dans les pays émergents Il y a 2,2 milliards de téléphones mobiles dans les pays en voie de développement, pour 305 [...]

  2. L’Afrique en haut débit | ReadWriteWeb France :

    [...] mobile a déjà lar­ge­ment fait ses preuves pour ce qui est de la démo­cra­ti­sa­tion des ser­vices de méde­cine sur le conti­nent [...]

Réagissez !

Politique de modération des commentaires

  • A propos
  • Best of
  • Buzzing
  • Tags

ReadWriteWeb est un blog dédié aux technologies internet qui en couvre l’actualité et se distingue par ses notes d’analyse et de prospective ainsi que par l’accent mis sur les usages et leurs impacts sur les média, la communication et la société. Il est classé parmi les blogs les plus influents de la planète par Technorati et Wikio. Publié en cinq langues, il s'appuie sur un réseau de correspondants locaux en Nouvelle-Zélande, aux Etats-Unis, en France, en Espagne, au Brésil, en Chine ainsi qu'en Afrique francophone. Ses articles sont publiés dans la rubrique technologie du New York Times.


Partenaires

hébergement infogérance Bearstech
af83





Appli iPhone


 

Recommandés



Activité sur le site