Les lobbies s’opposant à la neutralité du net dépensent quatre fois plus que les autres

net-neutralitySelon un rapport fait par la Sunlight Foundation, les entreprises opposées à la Neutralité du net dépensent quatre fois plus d’argent dans des actions de lobbying que les organisations qui sont en faveur de la neutralité des réseaux. Les opposants ont dépensé 19,7 millions de dollars au premier trimestre 2010 alors que ceux qui sont en faveur de la Net Neutrality n’en sont qu’à 4,7 millions.

En France, l’activité de lobbying étant secrète, il n’y a aucun moyen d’obtenir une telle transparence, mais il ne fait aucun doute que d’importants moyens sont mis en œuvre pour faire tomber le concept ou en dénaturer la définition officielle afin de la… neutraliser.

Pour l’instant, le sort de la neutralité du net est dans les mains de Nathalie Kosciusko-Morizet, dont le dernier rapport se garde bien de prendre la moindre position tranchée. L’issue de ce débat marquera probablement – d’une façon ou d’une autre – son premier acte politique majeur (à défaut d’avoir réussi à le faire avec l’environnement, où ses prises de positions sur les OGM lui avait donné une envergure nationale).

La décision sur le sort de la neutralité des réseaux aura des conséquences à long terme phénoménales sur la liberté d’expression, la démocratie et la Culture, et ceux qui sont en charge de ce tournant dans l’histoire de l’internet auront à assumer leur rôle au regard des prochaines générations, qui si elles ne sont pas constituées de lobbyistes, regorgent d’électeurs qui ont déjà, à l’issu des débats Hadopi, lourdement sanctionné les politiques dans les urnes.

Les forces en présence

La neutralité des réseau est un concept qui signifie qu’un fournisseur d’accès internet n’a pas le droit de limiter l’usage de la bande passante en se basant sur les contenus qui sont transférés dans ses tuyaux. Au delà du principe d’ordre démocratique, cette neutralité est essentielle à l’innovation, assurant à quiconque la possibilité de créer quelque chose de disruptif sur un marché sans avoir l’aval des opérateurs Télécom.

Les opposants à la neutralité des réseaux, eux, avancent que leurs investissements dans les infrastructures et le besoin d’assurer une qualité de service à leur clientèle nécessite que certaines activités sur le réseaux très consommatrice en bande passante soient limitées dans certaines circonstances.

Selon la Sunlight Foundation, les organisations qui soutiennent la Neutralité des réseaux, lors des dernières auditions au Congrès Américain incluent «Google, Microsoft, Amazon, deux fournisseurs d’accès internet en rupture avec tous les autres : Dish Network et Sprint. Les opposants à la neutralité des réseaux sont AT&T, Verizon, National Cable & Télécommunication Association, Communication Workers of America et la US Telecom Association.»

Prendre de vitesse la technologie

Bien que la question législative soit importante, il est tout a fait possible que les avancées technologiques puissent rattraper le débat et en changer les termes. Des scientifiques du MIT, par exemple, ont annoncé aujourd’hui avoir développé une méthode expérimentale de transport de l’information qui rendrait l’internet 100 fois plus rapide. Ces mêmes scientifiques soulignent cependant que les usages pour de telles améliorations ne sont pas clairement définis pour l’instant et que, du coup, leurs financements restent limités.

En France, le calendrier parlementaire semble vouloir prendre de vitesse – pour une fois – une quelconque possibilité de se faire rattraper par une telle évolution technologique, et les politiques semblent vouloir trancher au plus vite ce débat. Pour paraphraser ceux qui en leur temps ont eu le courage de dire «non», et au vu des décisions passées de l’ «armée de lâches» (ou de godillots) qui tranchera la décision finale, l’issue du débat a toutes les chances de faire entrer le pays de plein pied dans la société de la surveillance. On peut du coup s’attendre à l’instauration du Deep Packet Inspection, sans que nulle question éthique concernant cette technologie n’ait été soulevée un instant, au prix sans doute d’un recadrage sémantique faisant passer l’internet de «neutre» à «ouvert».


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1 commentaires pour cet article

  1. Dominique Rabeuf

    Le terme «Net Neutrality» vient des Etats-Unis où clablopérateurs et opérateurs de télécommunications s’opposent.
    Dans les documents remis lors de la consultation effectuée par le secrétariat d’état à la prospective et au développement numérique, le terme «ouvert» est souvent préféré à «neutre».

    SIC ISOC
    « la Neutralité du réseau est un terme vague et mal défini qui englobe une multitude dʼobjectifs en matière de politique, notamment la libre expression, le choix de lʼutilisateur et la discrimination, ainsi que des questions commerciales comme la gestion du trafic du réseau, la tarification et les modèles dʼentreprise globaux ».

    La liste des documents téléchargeables http://tinyurl.com/liste-documents-neutralite
    On y perçoit bien les divergences entre opérateurs de base (Tier 1 -Telcos), FAIs, Hébergeurs (Cloud), Services Applicatifs (SaaS), Télévision, et bien sûr les trop fameux défenseurs des exceptions culturelles françaises.

    Internet n’est par un réseau mais une infrastructure d’interconnexion de réseaux privés (répertoriés en ASN), ouverts ou non au public.

    Si la France décidait d’un contrôle renforcé par DPI ou filtrage, la structure même des réseaux serait à remanier à profondeur.
    Les routeurs vont bientôt atteindre des capacités de retransmission de paquets proches du milliard par seconde.
    Le mise en place de DPI demanderait des investissements colossaux pour ne pas ralentir le trafic. Ceci entraînerait une désertification des hébergements en France.
    Les noeuds majeurs d’interconnexion de réseaux IP en Europe sont en Grande Bretagne, Allemagne et Pays Bas. Le trafic de France Télécoms repose en grande partie sur les infrastructures de Verizon qui se moque des états d’âmes franco-français.

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  2. Quick & Dirty (15) « Journal du Hack :

    [...] Les lobbys s’opposant à la neutralité du Net pèseraient financièrement quatre fois plus que les autres. Donc le contrôle de l’internet est politique ET [...]

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