Wikileaks remet le couvert avec Owni

La première sortie de Wikileaks au sujet de la guerre en Irak avait fait grand bruit. En France, on avait retenu que les guerilleros de l’information n’avait pas pris la peine de prendre, parmi leur partenaires média privilégiés lors de la première fuite des Warlogs, de Français. New York Times, Guardian et Der Spiegel : le choix de Julian Assange et de sa bande reflétait la crédibilité de la presse Française en matière de 4e pouvoir.

Le second tir de documents confidentiels réalisé par Wikileaks cette semaine n’est pas plus flatteur pour la presse Française, mais laisse entrevoir un espoir. Ce n’est pas vraiment seulement aux traditionels journalistes d’investigation de la presse papier hexagonale que Wikileaks a choisi d’accorder sa confiance, mais à une espèce de labo de R&D journalistique à ciel ouvert, Owni.fr (full disclosure, je suis cofondateur de Owni et n’y exerce plus aucune activité).

Lors de la première fuite de documents, Owni avait réalisé sur le pouce une application destinée à permettre de ‘crowdsourcer’ l’analyse et les commentaires des rapports confidentiels de l’armée américaine, et c’est à la même équipe de ‘datajournalisme’, Nicolas Kayser-Bril et Pierre Romera, que Julian Assange a fait appel cette fois-ci.

Techniquement, l’application d’Owni s’est nettement améliorée. Plus claire, plus ergonomique, disposant d’aide en ligne destinées à rendre plus lisible les abréviations et acronymes propres aux militaires dont les rapports sont truffés. Aux traditionnelles cartes GoogleMaps permettant de localiser les incident, on a ajouté une mise en contexte permettant d’appréhender le le paysage informationnel de l’incident à travers les titres de presse de l’époque : en deux itérations, on s’approche d’un modèle type d’application qui pourrait, demain, servir à mettre à disposition des fuites importantes de documents secrets, qu’il s’agisse des fameux Warlogs ou de tout autre chose, au point qu’on attend avec impatience la troisième version.

Owni a – cette fois-ci – pris les précautions oratoires nécessaires pour ne pas se faire taxer d’irresponsables comme lors de la première édition des fuites de Warlogs, où de nombreuses personnes avaient accusé, non sans raison, ceux qui aidaient à la propagation de ces fuites de mettre en danger informateurs et soldats américains.

Certes. Mais les révolutions font des morts, et ce à quoi nous assistons est bel et bien une révolution.  Un bouleversement dans le petit univers des média provoqué par Wikileaks, aidé de quelques média qui ont décidé que l’avenir de leur profession devait se faire avec des acteurs comme Wikileaks (le New York Times, Der Spiegel et le Guardian), et accompagné par des choses qui ne sont pas, à l’image de Wikileaks, tout a fait des média, au sens où on l’entendait au XXe siècle, en l’occurrence, Owni.

A ceux qui continuent de taxer Wikileaks et consort d’irresponsabilité, il serait temps qu’il réalisent que seules deux voies s’ouvrent à eux. La première, prônée par le Pentagone, est de revenir en arrière et de fermer sa gueule. Continuer de faire croire à la population que l’armée américaine n’a pas commis de crime de guerre. Assumer la censure et le mensonge d’Etat, relayé par la complicité des média qui se sont résolus aux journalisme embedded. Au passage, on pourra également se demander combien, parmi les détracteurs de Wikileaks, auraient accusé d’autres grands épisodes de l’évolution des média de sadiques pédophiles violant la vie privée d’enfants maltraités. Comme ci-dessous.

L’autre voie est plus ambitieuse, elle consiste à faire mieux que Wikileaks. Nombreuse sont les organisations en mesure de proposer quelque chose d’équivalent, pour y ajouter une surcouche journalistique susceptible d’appliquer, sans perdre la confiance des utilisateurs/lecteurs, une censure ciblée à des fuites, destinée à protéger ceux qui méritent de l’être. Une telle alternative à Wikileaks arrivera (c’est en cours), mais c’est la seule réponse honnête à donner de la part de ceux qui restent encore opposés à ces fuites.

Dernier point, il serait temps de réaliser qu’aux yeux des puissants, ce ne sont pas ces fuites qui constituent, de leur point de vue, le vrai danger de Wikileaks, mais un épisode bien plus important de l’histoire du site de Julian Assange, bien moins connu mais ô combien plus important.

Pour tous les autres, et en particulier pour ceux qui se demandent encore à quoi les média vont ressembler dans 20 ans, vous pouvez en avoir un petit aperçu ici :


Recommandez cet article à vos amis

et rejoignez nous sur Facebook et Twitter...



18 commentaires pour cet article

  1. wilnock

    J’ai pas encore finis d’eplucher les points qui m’interesse, mais je tiens a saluer le travail d’OWNI, et pour aller plus loin, le laboratoire que ce pure player presente.
    Bravo a eux.
    Bon j’y retourne, me reste 39,999 documents a eplucher

  2. Desirade

    Sauf erreur il me semble que Le Monde a été pour cette livraison un des titres choisis par Wikileaks pour travailler sur cette formidable pile de documents.
    Ce qui n’enlève rien au travail de Nicolas et de la soucoupe bien entendu.

  3. Lecteur

    Toute l’acroche du papier est fausse : le Monde a eu les docs en avant première. Owni a été contacte pour l’appli mais n’a pas eu les docs. Bref le début de ton post est un ramassis d’aneries

  4. Fabrice Epelboin

    Un troll anonyme ! Ca faisait… pas si longtemps, en fait… (au passage, le point commun entre Le Monde d’aujourd’hui et Owni, c’est… c’est… ???)

  5. Benoit

    @Lecteur

    Des tonnes de journaux, dont Le Monde, ont eu accès aux sources une semaine avant leur mise à disposition publique, mais Wikileaks n’a pas ‘travaillé avec eux’, on ne peut pas en dire autant d’Owni, où il y a eu une réelle collaboration.

    @Fabrice Epelboin

    C’est étonnant l’agressivité des anonymes en ce moment. Est-ce la iRiposte qui est en marche ?

  6. Gilles Klein

    @Benoit

    Et non ! Fabrice se trompe et vous aussi. Le Monde a bien été un des très rares partenaires de cette opération Wikileaks.

    Pas « des tonnes de médias », seulement 6 pour le monde entier ont été associés par Wikileaks à cette opération.

    Le Monde, The Guardian, Der Spiegel, New York Times, Al Jazeera, Bureau of Investigative Journalism

  7. Fabrice Epelboin

    Ha, ben ça passe mieux quand ce n’est pas un anonyme, non ? Merci Gilles pour ton commentaire :-)

  8. Fabrice Epelboin

    @Gilles

    Ceci dit, au passage, où ai-je dit le contraire ?

  9. Gilles Klein

    Autre détail, l’ami Fabrice me permettra de lui faire remarquer qu’il serait élégant et historiquement important quand il reproduit une photo d’actualité mondialement connu, (une image marquante du XXe siècle, qui a frappé l’opinion publique) de donner le nom du photojournaliste qui l’a réalisée ;-)

    Il s’agit du vietnamien Nick Ut, photographe de l’agence AP, qui a d’ailleurs reçu un des prix World Press Photo 1972 pour cette image de la petite Kim Phuc brûlée par une bombe au napalm.

    Ayant été photojournaliste de l’agence Sipa, je suis frappé par l’indifférence des grands médias comme Libération, par exemple, qui signent en gros les articles rédigés à Paris par un journaliste qui écrit devant son ordinateur, et mettent en tout petit, verticalement (quasi illisible), le nom du photographe dont l’image est en Une.

  10. Gilles Klein

    @ Fabrice

    Tu as écris clairement que la presse française ne figurait pas parmi les médias privilégiés, dans la première livraison, Wikileaks et dans la deuxième.

    Or Le Monde est bel et bien partenaire journalistique de cette opération sur l’Irak, (tandis qu’Owni est partenaire technique, ce qui mérite d’être souligné comme je l’ai fait hier et avant-hier)

    Une rectification serait bienvenue car tu as écrit « En France, on avait retenu que les guerilleros de l’information n’avait pas pris la peine de prendre, parmi leur partenaires média privilégiés lors de la première fuite des Warlogs, de Français. New York Times, Guardian et Der Spiegel :le choix de Julian Assange et de sa bande reflétait la crédibilité de la presse Française en matière de 4e pouvoir.

    Le second tir de documents confidentiels réalisé par Wikileaks cette semaine n’est pas plus flatteur pour la presse Française, mais laisse entrevoir un espoir. »

    Merci pour ce dialogue

  11. Silex

    une petite correction sur l’article s’impose donc ? ;)

    quand à la non communication des documents à Owni, c’est à la demande d’owni eux même, de manière à ne pas avoir de charge juridique vis à vis des documents (qui d’ailleurs ne sont pas hébergés chez eux)

  12. FrédéricLN

    @ silex : l’article n’est pas exactement faux sur ce point. Mais c’est sûr que la phrase « Ce n’est pas vraiment aux traditionels journalistes d’investigation de la presse papier hexagonale que Wikileaks a choisi d’accorder sa confiance » gagnerait à être corrigée !

  13. Fabrice Epelboin

    Ca va, je m’incline et je corrige les gars ;-)

  14. Fabrice Epelboin

    @Lecteur

    Une leçon au passage, dans la façon dont le fait de ne pas se planquer courageusement derrière l’anonymat donne naissance à une forme de courtoisie et d’échange bien plus constructive, non ?

  15. Nono

    « Faire mieux de wikileaks » Ok, mais mieux dans quel domaine?
    - le traitement journalistique ? Pas difficile, wikileaks ne fait pas du journalisme.
    - donner des informations nouvelles ? J’attends de voir, mais jusqu’à présent, rien de nouveau qui n’avait été dévoilé il y a des années: les dérives des SMP? déjà dévoilé. Le nombre de morts, civils, militaires, irakiens ou autre? D’autres le font déjà. Arrêter de faire croire que les USA n’ont pas commis de crimes en Irak? A part Foxnews ou autre, je doute que qui que ce soit de sérieux en doute encore…

    Bref, pour moi, Wikileaks apporte des infos, mais ça n’est en rien une révolution.

  16. Fabrice Epelboin

    @Nono

    Le Kenya peut être ? Ce serait bien de se renseigner sur Wikileaks, tout de même. Au Kenya, ils ont renversé le gouvernement.

  17. Nono

    Euh oui, et alors? Des gouvernements qui tombent suite à des informations, on n’a pas attendu wikileaks pour le faire!!! On reparle du scandale des frais des députés britanniques? Donc, non, Wikileaks n’est pas une révolution, c’est juste un outil et un moyen de révéler des informations, un outil nécessaire, certes, mais pas une révolution (ça, c’est le discours marketing de wikileaks). Ce n’est pas du journalisme, qui suppose de la réflexion, de la mise en forme et et l’édition. La meilleure preuve que wikileaks n’est pas du journalisme? Il s’est allié avec d’autres pour justement faire ce travail que wikileaks ne sait pas/ne veut pas faire.

  18. Fabrice Epelboin

    Mouis. Perte de temps. J’ai du boulot. Bonne journée.

3 Trackbacks For This Post

  1. Tweets that mention Wikileaks remet le couvert avec Owni | ReadWriteWeb France -- Topsy.com :

    [...] This post was mentioned on Twitter by Fabrice Epelboin, damien douani, betapolitique.fr, Ya-graphic, Youyouk and others. Youyouk said: RT @rwwfr: Wikileaks remet le couvert avec Owni http://goo.gl/fb/BHwJ4 [...]

  2. Documents WikiLeaks : les fuites qui brouillent le jeu mondial – Rue89 | Michael Benaudis France Newspaper :

    [...] des règles. …WikiLeaks : un travail de titan avec l'aide d'une start-up françaiseAFPWikileaks remet le couvert avec OwniReadWriteWeb FranceWikileaks fait appel à des FrançaisleJDD.frRéseau [...]

  3. Julian Assange n’est pas un ange – Libération | Michael Benaudis France Newspaper :

    [...] brouillent le jeu mondialRue89Wikileaks fait appel à des FrançaisleJDD.frAFP -Europe1 -ReadWriteWeb France18 autres [...]

Réagissez !

Politique de modération des commentaires

  • A propos
  • Best of
  • Buzzing
  • Tags

ReadWriteWeb est un blog dédié aux technologies internet qui en couvre l’actualité et se distingue par ses notes d’analyse et de prospective ainsi que par l’accent mis sur les usages et leurs impacts sur les média, la communication et la société. Il est classé parmi les blogs les plus influents de la planète par Technorati et Wikio. Publié en cinq langues, il s'appuie sur un réseau de correspondants locaux en Nouvelle-Zélande, aux Etats-Unis, en France, en Espagne, au Brésil, en Chine ainsi qu'en Afrique francophone. Ses articles sont publiés dans la rubrique technologie du New York Times.


Partenaires

hébergement infogérance Bearstech
af83





Appli iPhone


 

Recommandés



Activité sur le site