Wikileaks pour les entreprises

Autant la profession de journaliste dans son ensemble se remet profondément en question depuis l’avènement de l’ère Wikileaks, autant celle de communicant, dans son ensemble, ne semble pas particulièrement concernée par le problème. Etonnant.

Pourtant, leurs clients, les dirigeants des grandes entreprises – les plus malins en tout cas – on déjà compris que la bombe qui s’est abattue sur la diplomatie américaine allait tôt ou tard leur tomber dessus.

« Les entreprises qui n’arriveront pas à comprendre l’importance du moment risquent d’être désavantagées par son impact. Le risque ne repose plus sur les mesures de sécurité mise en place, mais sur le plus petit maillon de la chaîne dans chaque acte de communication ». Annoncent David Gordon et Sean West dans la très sérieuse Harvard Business Review.

Les marchands de sécurité ont eux, de leur coté, commencé par essayer de rassurer, mais les enjeux du secteur sont critiques, et la nature du risque a changé. Le plus terrible (pour cette industrie), c’est qu’il est beaucoup trop tard pour qu’elle ne puisse envisager être une solution au problème Wikileaks. Les fuites ont déjà eu lieu, depuis longtemps, seule la date de leur publication reste inconnue. Il est temps de se rendre à l’évidence, ce coup d’Etat du numérique sur le réel était préparé, sans doute instinctivement, de longue date, et par beaucoup.

Mais ce changement dans la nature du risque concerne avant tout ceux qui ont fonction de communication entre les grands pouvoirs de ce monde et les peuples. Parmi ces grands pouvoirs, on trouve les politiques, d’où l’effervescence du journalisme qui jouait jusqu’ici le rôle d’intermédiaire dont il tire son (quatrième) pouvoir, mais il serait sôt d’ignorer que les grandes entreprises sont toutes autant de grandes puissances. Leurs intermédiaires, à elles, outre les journalistes, ce sont les ‘communicants’.

Demain, en tout cas dans les années à venir, c’est tout un secteur d’activité, celui de la com’, qui va passer violemment du marketing à l’infowar, et devinez quoi, l’eMarketing n’est vraiment pas la bonne voie pour y parvenir.

Les premières amorces de scandales pour des entreprises sont pour l’instant passées relativement inaperçues, mais les communicants qui on vu passer le missile auraient tord de s’imaginer que le coup a manqué sa cible. Ce serait mal connaitre internet. Le temps, voyez vous, s’y écoule différemment, ou plutôt, il ne s’y écoule pas, il s’y stocke.

Cette affaire, comme mille autres, reviendra hanter la communication (et le fonctionnement) des entreprises, voir la mettre totalement en échec, parce qu’un gamin aura trouvé un soir le moyen d’en faire un buzz d’une fuite (le Cablegate ou une autre), ou parce que les Anonymous auront décidé de s’attaquer à elles.

C’est dans cet environnement informationnel, où une part déjà conséquente et de plus en plus importante de la population ne croit déjà plus à ce qu’on lui raconte au 13h de TF1, qu’elles auront à communiquer avec leurs clients, demain.

Internet, infiniment plus qu’aujourd’hui, y tiendra une place centrale, tant il est invraisemblable, techniquement, d’isoler les deux mondes et de faire taire Wikileaks.

Les bouleversements que cela aura sur les agences de com’ vont être au moins aussi conséquents que ceux en cours depuis quelques temps dans les média. Comprendre ‘réellement’ internet et savoir l’anticiper deviendra indispensable à la réussite de tout projet, quel qu’il soit. On s’en doute, les services eMarketing ne sont pas fait pour cela, pas plus que le service de gestion de crise, d’ailleurs. La preuve, il aurait du vous avertir de ce qui allait se passer depuis longtemps, s’ils s’y connaissaient en crise 2.0.

Est-ce le cas ? 

Greenpeace face à Nestlé sur Facebook reste à ce jour l’une des opérations les plus marquantes de l’histoire de l’activisme en ligne vis à vis des entreprises. Cela ne sera un jour qu’une toute petite escarmouche, qui a à peine réussi à destabiliser temporairement le cours de bourse du géant de l’agro-alimentaire. De telles attaques seront légion demain, et certaines porteront des coups très durs, peut être même mortels, à de grandes entreprises, notamment celles qui cachent au grand public des secrets inavouables.

Pour faire face à ce nouveau territoire de risque, les entreprises vont devoir aborder la communication sous un tout autre angle, et elles ont besoin plus que jamais de changer la façon dont elles comprennent internet.

Ce n’est ni un outil, ni un média, c’est une civilisation.

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25 commentaires pour cet article

  1. WilnocK

    Tant qu’a parler d’activisme en ligne, et les consequences economiques implique, j’ai beaucoup aime l’histoire de RT-Mark et eToys: http://owni.fr/2010/07/21/une-toywar-a-45-milliards-de-dollars/

  2. Olivier Cimelière

    Fine analyse ! WikiLeaks va effectivement bouleverser les pratiques de communication en vigueur dans de nombreuses entreprises. Je tiens juste à juste qu’il existe des communicants qui s’en préoccupent déjà comme mon billet publié la semaine passée : http://www.leblogducommunicant2-0.com/2010/12/12/wikileaks-que-penser-apres-le-bruit-et-la-fureur-mediatique/

    Pour autant, WikiLeaks ne fait qu’accentuer ce que les entreprises ont toujours eu du mal à intégrer : anticiper les crises, repérer les alertes potentielles plutôt que gérer des crises comme des pompiers avec des seaux d’eau devant un feu de forêt ! WikiLeaks ajoute une dimension supplémentaire puisque désormais la fuite peut facilement surgir à tout moment, n’importe où et être propagée encore plus rapidement que par le passé.

    D’où l’importance que les entreprises doivent attacher aux réseaux sociaux en engageant une véritable conversation où elles admettent qu’une partie non négligeable de leur réputation n’est plus dans leurs mains plutôt que dupliquer sous forme d’eMarketing, ce qui les a toujours rassuré (mais pas atténué pour autant les problèmes!), à savoir une com ‘ top/down incantatoire et cosmétique. Il y a un vaste chantier devant nous. Les communicants efficaces seront ceux qui sauront évoluer dans ce nouvel échiquier dont WikiLeaks n’est pas le moindre des pions !

  3. Michaël

    « les entreprises vont devoir aborder la communication sous un tout autre angle, et elles ont besoin plus que jamais de changer la façon dont elles comprennent internet. »

    Ou elles pourraient aussi changer la façon dont elles fonctionnent, et se comporter de façon plus honnête, voire irréprochable.

    Ha ha, la bonne blague ! (désolé, lundi matin, tout ça)

    Cela dit, plus sérieusement, je crains malheureusement que tant les gouvernements que les entreprises, pour faire face aux « menaces » de type WikiLeaks et autres, vont systématiquement recourir à l’approche « encore plus de secret et de contrôle » plutôt que tendre vers un fonctionnement moins nuisible au bien commun. Et, dans ce cas, l’effet de la « transparence » forcée ne serait pas de faire évoluer vers une société meilleure mais plutôt de radicaliser encore certains comportements… Jusqu’au jour où le système implosera, comme le répète l’Histoire depuis des siècles ? Pourquoi faut-il toujours aller jusqu’aux conflits pour faire évoluer les sociétés dans une meilleure direction ? (une question rhétorique, j’en conviens…)

  4. Fabrice Epelboin

    @Olivier

    Oui, le blog du communicant est le seul a avoir réagit. De longues analyses complètes, un résumé assez exhaustif, mais aucun point de vue particulier ou de solution, et pour cause : les outils et la culture en question(s) sur ce blog ne sont pas adapté aux nouvelles règles du jeu (ce que je traduis par ‘ce n’est pas le eMarketing qui va vous sortir de là’).

    La Com’ 2.0 (ou 360, etc), n’est absolument pas la voie, au contraire, c’est ce que l’on peu envisager de pire pour faire face à tout ça (vu qu’ils saurait à quoi s’attendre en face). Je ne doutes pas, cependant, que tu saisisse, dans le fond, ce changement de paradigme, et que tu adapte ton discours et tes méthodes, voir mieux, que tu en propose, mais pour l’instant, si ça se résume à dire que décidément c’est central, d’accord, mais si tu entends que plus de com 2.0 est une solution, là, par contre, on a un profond désacord.

    Ta suggestion d’engger dans les réseau sociaux et les conversations est « a recipe for disaster », là dessus, croyez moi, c’est précisément à ce tournant que les entreprises sont attendues, je ne le souligenrait jamais assez : les règles du jeu ont changé, et de façon radicale. Il ne faut pas arrêter les réseaux sociaux pour autant, mais il faut, dans les états majors, réfléchir autrement et laisser, à coté des Bisounours, d’autres, faire ce boulot de mutation à l’écard des théorie fumeuse du conversationel 2.0 qui, comme le reste de la com’, est basé sur un secret qui vient de disparaitre.

    Tu est mieux placé que quiconque Olivier, pour réaliser à quel point la réalité des intentions d’un acteur qui s’engage dans la ‘conversation’ est éloignée de ce qu’il exprime dans cette conversation, c’est ce décalage qui rend une telle entreprise impossible aujourd’hui, ou en tout cas promise à une profonde mutation. Allez dans tous les réseaux sociaux et démultiplier les conversation, c’est, comme dirait mes camarades de l’Ecole de Guerre Economique, avoir une exposition inutilement large, et être condamné à confier au besoin des batailles impromptues mais décisives à des novices. Très mauvaise stratégie. Le monde des Bisounours, c’est fini, et c’est lui qui permettait d’aller avec des fleurs à la main dans les champs fleuris du web 2.0. Là, c’est une fleur au fusil dans les tranchées. Franchement, tu ne crois pas que ça mérite un peu plus de reflexion sur la stratégie ?

    Je sais, c’est dur, mais les premières entreprises qui vont répliquer avec les méthodes que tu préconise (plus de conversation, vive le eMarketing) se feront crucifier sur place. Je ne vais pas t’expliquer comment ni pourquoi, mais juste te dire que c’est prévu. Comme Wikileaks était prévu depuis deux ans, la montée des armement depuis 9 mois, la confrontation actuelle depuis encore plus longtemps…

    Je t’en conjure – j’aime bien ce que tu écris en général – repense la situation en terme stratégique, et surtout, ne cherches pas à tout prix à y coller tes savoir faire d’hier pour répondre à la situation d’aujourd’hui. C’est précisément que que l’on attends des ‘stratèges’ dans ton genre.

    @Michael

    « les entreprises vont devoir aborder la communication sous un tout autre angle, et elles ont besoin plus que jamais de changer la façon dont elles comprennent internet. »
    Ou elles pourraient aussi changer la façon dont elles fonctionnent, et se comporter de façon plus honnête, voire irréprochable.

    Mais ont-elle vraiment le choix ? Une fois leurs petits secrets révélées au grand jour, celle qui survivront devraient, en tout cas certaines, comprendre que c’est la meilleure, si ce n’est la seule protection… (un peu optimiste,j’en conviens, il faudra probablement un changement générationel à la direction)

    je crains malheureusement que tant les gouvernements que les entreprises, pour faire face aux « menaces » de type WikiLeaks et autres, vont systématiquement recourir à l’approche « encore plus de secret et de contrôle »

    Ca ne fait malheuresement pas l’ombre d’un doute. Mes premiers retour en provenance de différents politiques que j’ai interrogé me font craindre le pire à ce sujet, quel que soit l’issue de 2012.

  5. Fabrice Epelboin

    @Wilnock

    C’est un peu tordu comme exemple, tu avouera, même si c’est génial. Le genre de truc qui peut aider à faire comprendre à quel point cette culture est complexe, et une bonne illustration de ce qu’est le hacking (qui s’annonce bien plus difficile à expliquer au grand public – en tant qu’approche, que philosophie – que ce que j’avais anticipé :(

    J’attends de voir le cours de bourse de Bank of America le jour des fuite, ça, je sens que ça va être du spectacle, d’autant que le dump, s’il a lieu, sera incompréhensible pendant pas mal de temps, le temps de construire les outils indispensable à son analyse…
    k

  6. inwebitrust

    Très bon article encore une fois, je suis assez d’accord avec le terme de civilisation pour qualifier internet.

    Je serais plus mesuré quand vous dites : « la population ne croit déjà plus à ce qu’on lui raconte au 13h de TF1″… justement si, une partie de la population (importante qui plus est) y croit toujours.

    La « civilisation » internet aime se faire sa propre opinion, éplucher les infos, confronter ses points de vue et le web est un formidable outil pour ça mais le décalage est maintenant énorme entre le citoyen lambda qui consulte son lot de médias traditionnels et le citoyen « engagé », connecté, technophile.

    Or j’ai l’impression dans cet article, comme d’autre sur wikileaks dans rww, que vous considérer le peuple comme partie intégrante de l’agora du web mais c’est plutôt l’inverse…

    bref quand vous dites : « la population ne croit déjà plus à ce qu’on lui raconte au 13h de TF1″ vous auriez pu préciser : « la population qui a envie de s’informer ne croit déjà plus à ce qu’on lui raconte au 13h de TF1″ et la nuance est importante car vos conclusions qui en découlent, que je partage d’ailleurs, apparaissent beaucoup moins évidentes

  7. Bob

    @Fabrice:
    « Ça ne fait malheureusement pas l’ombre d’un doute. Mes premiers retour en provenance de différents politiques que j’ai interrogé me font craindre le pire à ce sujet, quel que soit l’issue de 2012. »

    Peux tu développer ou c’est top secret défense ?

  8. Stéphane Dangel

    Et le nbre de salariés ou ex-salariés mécontents, aigris, déçus est beaucoup plus important que le nbre de militaires dans le même cas… Certains verront là un moyen de prendre une revanche qui ne sera parfois que justice

  9. Michaël

    @Fabrice :
    « Mais ont-elle vraiment le choix ? Une fois leurs petits secrets révélées au grand jour, celle qui survivront devraient, en tout cas certaines, comprendre que c’est la meilleure, si ce n’est la seule protection… (un peu optimiste,j’en conviens, il faudra probablement un changement générationel à la direction) »

    Des entreprises à la fois honnêtes, respectueuses de leurs clients et parfaitement rentables, ça existe. C’est très rare, oui, mais nous en connaissons tous au moins deux ou trois. Nous savons que de tels modèles sont possibles. Mais on ne change pas une équipe qui gagne (ou en tous cas qui fait gagner les dirigeants de l’équipe en question). Les modèles nuisibles actuels ont toujours rapporté un max, et le système tout entier encourage systématiquement à mépriser l’humain (et la planète sur laquelle il se trouve) toujours davantage.
    Je suis peut-être pessimiste mais je ne crois pas qu’on verra des entreprises / gouvernements se dire que, puisque la base même de leurs modèles de fonctionnement ne marche plus, il serait mieux pour tout le monde de tout remettre à plat et de repenser ces modèles depuis zéro.
    Quand des humains détiennent du pouvoir et que celui-ci est menacé, ils s’y accrochent plus que jamais, surtout s’ils ont tort. Oui, c’est une réaction animale, instinctive, un quasi-réflexe, à l’opposé de l’intérêt commun. Mais normale dans un monde où tout le monde apprend à ne penser qu’à sa gueule. Et, du coup, plus ces gouvernements / entreprises se retrouvent menacés et plus ils sont agressifs, plus les situations se radicalisent. Et ceux qui détiennent du pouvoir sont prêts à aller jusqu’au bout. Pour ne citer qu’un exemple, nous en sommes arrivés à un point où des marchands de galettes en plastique font voter des lois dignes de régimes fascistes dans le seul but de maintenir un modèle économique totalement inadapté à la réalité et ce alors que des alternatives existent déjà et fonctionnent… Du coup, je n’ose même pas imaginer la réaction de gouvernements, pour lesquels il n’y a pas pléthore de modèles alternatifs comme c’est le cas pour l’industrie du divertissement…

    Quant au changement de mentalité induit par un changement de génération dans les directions, je n’y crois pas. Tous les jeunes ne sont pas des libertaires convaincus, loin de là. J’en connais même qui accueillent à bras ouverts la société de surveillance ou qui voient en WikiLeaks ce qui se fait de pire au monde… Et ces jeunes sont parmi ceux qui aspirent le plus à grimper les échelons dans l’une ou l’autre grosse boîte ou en politique…
    Je suis tout à fait d’accord pour dire qu’il y a une fracture générationnelle très nette sur toutes ces questions, mais pas pour dire que la nouvelle génération serait homogène au point que les changements dans le fonctionnement des entreprises en deviendraient presque naturels avec le temps. Ceux qui détiennent du pouvoir basé sur le secret savent bien que leur relève, enfantée du système, existe bel et bien, et c’est à ces jeunes-là qu’ils confieront leur succession.

  10. Lathan

    Ce qui fait qu’il y a des employés qui fuitent des documents, c’est la déception qu’ils éprouvent envers leur entreprise.
    Solution (pour faire simple) : bien traiter ses employés et être éthiquement irréprochable.
    Bwahahahaha…
    On va arrêter de rêver, hein ?

  11. Conorta

    @Lathan
    Pour que des employés ne fuitent pas des documents : il suffit qu’ils n’aient accès qu’à une seule partie des documents de l’entreprise.
    Lorsque les documents sortent, qu’ils y aient une trace ou que cela soit pas possible de les mettre sur un disque externes ou de les imprimer en grand nombre notamment. Un façon simple de faire tout ça, c’est de passer en cloud : les fichiers sont sur un serveur en on y accède et les modifient à travers une interface Web.

  12. Conorta

    @Lathan
    Pour que des employés ne fuitent pas des documents : il suffit qu’ils n’aient accès qu’à une seule partie des documents de l’entreprise.
    Lorsque les documents sortent, qu’ils y aient une trace, que cela ne soit pas possible de les mettre sur un disque externe ou de les imprimer en grand nombre.
    Unz façon simple de faire tout ça, c’est de passer en « cloud » : les fichiers sont sur un serveur et on y accèdent et les modifient à travers une interface Web.

    PS: Pardon pour l’orthographe

  13. Michaël

    @Conorta : placer les fichiers sur un serveur distant reviendrait à simplement déplacer le problème, voire à l’aggraver. Le Web n’a jamais été conçu pour être hyper sécurisé, et les occasions de fuites seraient décuplées en hébergeant ainsi les fichiers à distance. Interception de connexions, attaques de « man in the middle », employé indélicat accédant au serveur, etc. Il y a de quoi être très créatif !
    Et quid du cache des navigateurs, des fichiers temporaires, etc. ? En croyant n’héberger les fichiers qu’à un seul exemplaire, à distance, on en créerait en fait une multitude de copies, récupérables…

    Je ne crois pas qu’il y aie de réponse purement technique pour tenter de réduire ou empêcher des fuites. Et, s’il existe une solution technique, elle sera forcément accompagnée de règles d’accès plus strictes envers les employés, ce qui entraînera soit une frustration, soit un ralentissement de leur travail (c’est ce qui se passe en ce moment au sein de l’armée US, les nouvelles règles d’accès aux documents compliquant la tâche de nombreux départements). Dans tous les cas, le système ressort affaibli, et parfois à cause de lui-même. La stratégie d’Assange m’apparaît de plus en plus brillante au fil du temps, ce type est en train d’affaiblir des systèmes sans en avoir l’air…

  14. Tomy13

    Pas sur que l’effet révélation perdure dans le temps, les magouilleurs vont prendre en compte, tôt ou tard, la nouvelle composante du risque de fuite de leurs actions scabreuses et s’en prémuniront. Profitons de l’effet de surprise qui ne saurait durer bien longtemps. Le seul résultat de tout cela les secrets seront encore plus secrets et la manipulation possible encore plus forte si ce n’est déjà le cas sur ce web que l’on croit moins atteint que le JT des chaines de TV.

  15. Pierre

    Je me souviens qu’il y a quelques année, le site http://fr.transnationale.org/ était déjà très complet et très utile pour se faire une idée de la moralité des entreprises

  16. Michaël

    @Tomy13 :
    « et la manipulation possible encore plus forte si ce n’est déjà le cas sur ce web que l’on croit moins atteint que le JT des chaines de TV. »

    Ce n’est pas pareil. Sur le Web, chacun peut s’exprimer. On y trouve ainsi toutes les opinions, on y voit tant des vérités que des mensonges. À la TV, seule une minorité peut s’exprimer, les opinions contestataires n’y ont pas leur place. Cette seule différence permet déjà au Web d’être de facto plus résistant à la désinformation que les autres médias.

  17. Tomy13

    @ Michaël
    Je suis partiellement d’accord avec toi chacun peut s’exprimer, mais de ces expressions ne sort pas pour cela des vérités indéniables ou des infos facilement contrôlables. Exemple les câbles, les journaux les rapportent mais rien ne dit que ce ne sont pas des câbles inventés pour et non des échanges réels de la part des diplomates, Il suffit de glisser parmi ces câbles des trucs vrais et gênant pour Hilary Clinton pour les rendre crédibles et tuer la carrière politique de l’intéressée par exemple. Qui est capable d’authentifier a coup sur les fuites d’où qu’elles viennent ? Personnes et l’intox peut-être facile dans ce cas, il suffit de faire fuir ce que l’on veut.
    La contestation n’est pas un gage de probité, par contre les images mentent moins, comme un hémicycle vide pour voter une loi et le montrer plein au JT de TF1.

  18. Michaël

    @Tomy13 :
    C’est vrai, il se pourrait que les mémos diplomatiques révélés par WikiLeaks aient été inventés. Et puisqu’on imagine mal les ambassadeurs concernés confirmer la véracité de ces documents, ils semblent a priori difficiles à vérifier. Toutefois, il y a des indices forts. Par exemple, les USA n’ont absolument pas démenti le contenu de ces mémos, bien au contraire, et leur volonté de censure (ainsi que celles de leurs alliés, comme le gouvernement français) ne fait que donner du crédit à WikiLeaks. Par ailleurs, ce site possède toute une réputation derrière lui et n’a jamais publié de document s’étant révélé être un faux.
    Ensuite, les journaux eux-mêmes sont censés croiser leurs sources et vérifier les infos. Ce que WikiLeaks leur fournit ici est censé être de la « matière première » à traiter, pas du contenu prémâché à publier tel quel.
    Dit en passant, la carrière de Clinton a largement de quoi être compromise sans avoir besoin de rajouter du contenu inventé aux mémos diplomatiques fuités… On ne peut pas dire que la dame brille par son honnêteté et l’amour qu’elle éprouve pour son prochain (comme tous les autres responsables américains de même genre, certes)…

  19. Tomy13

    @ Michaël
    Pour les rendent plus authentiques les USA sont forcés de les condamner, mais ça ne fait pas leurs véracités pour autant. Plus leurs désirs de censure s’affirment, plus le monde entier se ligue pour croire à l’authenticité des câbles et pour les protéger. Je ne dis pas que les USA manipulent surement tout le monde, mais ce peut-être le cas, et le peut-être fait toute la différence. Maintenant comme dans tout, il suffit d’y croire pour certain, pour d’autre c’est plus circonspect. Les journaux ont des preuves, hum ! Des preuves de quoi ? Les câbles c’est surtout des « on dit que »que les diplomates transmettent a leur hiérarchie, enfin c’est ce que l’on veut nous faire croire. Restons vigilants, lucides et froids dans nos analyses. D’ailleurs si les USA voulaient désamorcer réellement les révélations, ils leur suffiraient de faire fuiter qu’ils sont inventés, plus que de vouloir les interdire.

  20. Moi

    @Tomy13 : juste un ajout… en quoi on serait moins censé croire les fuites de Wikileaks que les « révélations » données dans les médias dits traditionnels ? Cela fait bien longtemps qu’on nous sert des photos (quelquefois mal) photoshoppées, des documents montés de toutes pièces mais déclarés authentiques et autres pirouettes parfois grossières pour faire passer des informations. Et Mickaël a beau parler du boulot de vérification et croisement des informations, il y a pas mal de journalistes qui ne s’en donnent pas ou plus la peine… ça fait longtemps que moi, mon conjoint, et des personnes de mon entourage avons arrêté de suivre les news dans les médias traditionnels (tv, radio, journaux) précisément par ras-le-bol de la désinformation grossièrement organisée. Ça ne signifie pas qu’il faille prendre pour argent comptant les infos de Wikileaks (et du web en général), mais ça signifie qu’il faut savoir garder un sens critique, et ne pas croire tout ce qu’on nous raconte, quel que soit le média.

  21. Olivier Cimelière

    @Fabrice
    Merci pour ta longue et argumentée réponse ! J’ai lu avec grand intérêt tes remarques et je peux te garantir que c’est bien intégré dans mon cerveau de communicant « old school » mais largement ouvert aux évolutions :-)
    Une petite précision toutefois. Quand je parle de conversation, je ne parle pas d’eMarketing d’autant que mon expérience relève plutôt du discours corporate que du discours produits à visée commerciale.
    Si je recommande aux entreprises de mettre un pied sur le Web 2.0, c’est pour qu’elles disposent d’un espace où elles peuvent expliquer leur point de vue et le cas échéant, défendre/adapter ses positions. En gros, exister, être visible, accepter d’être interpelé plutôt que se réfugier derrière des vitrines clinquantes pré-formatées ou pire, se planquer dans le silence et le déni.
    Pour autant, j’ai bien conscience qu’il ne s’agit pas d’investir le Web 2.0 partout, avec tous et à tout moment. Bien conscience aussi que ce monde n’est pas fait de Bisounours. Loin s’en faut !
    A ce jour, je n’ai honnêtement pas de solution ultra-précise et concrète à la lumière des évolutions de fond qui se trament et dont WikiLeaks est une première traduction d’envergure.
    Je suis d’accord avec toi pour penser que le modèle de communication des entreprises va devoir muter profondément. Notamment que la réputation serait faite aux 2/3 par les autres et que les entreprises devront l’accepter que ça leur plaise ou non.
    A mon sens, le web interactif à la sauce WikiLeaks ou autre permet surtout d’amplifier une tendance qui existe déjà depuis 10/15 ans, à savoir cette défiance et cette suspicion qui traversent la société et qui nourrissent d’interminables querelles entre des puissants forcément méchants et les lanceurs d’alerte forcément gentils et animés de pures intentions.
    Bref, je voulais simplement dire que même si je n’ai pas la solution intégrale aujourd’hui, il me semble hasardeux de ne pas être pro-actif sur le Web pour une entreprise. Quand bien même il y aura toujours des irréductibles pour vous assassiner, on se doit de faire entendre sa voix ! Je ne crois pas que cela soit inutile ou perdu d’avance.

  22. Fabrice Epelboin

    @Olivier

    C’est clair, il est suicidaire pour une entreprise aujourd’hui de ne pas investir de moyens conséquents pour comprendre le web 2.0 et au delà, l’internet dans son ensemble, mais à mon sens, tout a changé.

    Mettre en place des « conversations », si celle-ci sont basées sur un mensonge, qu’il soit dans la nature du sujet de ces conversations (le produit ou le service) ou dans l’omission d’un élément clé de l’entreprise (corruption, détournement de fond, atteinte au droits de l’homme…), est « a recipe for disaster », et ne fera qu’amplifier les dégâts engendrés par une éventuelle fuite.

    Ca n’a l’air de rien, mais ça change tout. Hier, le CEO d’une multinationale de l’agro alimentaire pouvait déléguer internet à un département et ne plus trop s’en soucier. Aujourd’hui, il est indispensable que ce même CEO comprenne de façon très fine les nouveaux enjeux posés par Wikileaks, et par enjeux, j’entends aller bien au delà de la simple prise de connaissance des faits, mais en arriver à comprendre de façon très claire en quoi, par exemple, l’open source, la lutte contre Hadopi et Loppsi, et l’OpenData, sont des enjeux qui sont d’une certaine manière très proches de la problématique Wikileaks. Peu de grands décideurs d’entreprise n’ont ne serait-ce qu’entendu parler d’OpenData, la plupart en sont à considérer que l’Open Source, c’est juste du gratuit, et que Hadopi, ce sont des gosses qui piratent qu’il s’agit de faire rentrer dans le rang. Le chemin – intellectuellement parlant – est absolument considérable.

    Si les grand décideurs font l’impasse sur cette compréhension fine des enjeux, cela les mènera droit dans le mur. Cela reviendrait à aller sur la lune sans prendre en compte le fait que l’apesanteur y est différente et qu’il n’est pas question d’y trouver de l’oxygène. Une fois débarqué avec une serviette de bain et de la crème solaire au bord de la mer de la tranquillité, ils risquent d’avoir l’air un peu idiots.

  23. Michaël

    @Tomy13 et Moi :
    Nous sommes d’accord, rien n’écarte totalement le risque que certains mémos diplomatiques aient été trafiqués. Et beaucoup de journalistes, par paresse, ordre de la rédaction ou que sais-je encore, n’effectuent plus de travail sérieux de croisement et de vérification des sources.
    Mais, à un moment donné, nous sommes bien obligés de nous fier à d’autres. Tout peut potentiellement être trafiqué, depuis le contenu de ces mémos diplomatiques jusqu’à la liste des ingrédients sur les raviolis en boîtes de conserve. Nous sommes des êtres humains, nous ne pouvons traiter et vérifier qu’une certaine quantité d’information et, à un moment donné, nous devons toujours accepter d’accorder notre confiance aux autres, sinon nous tomberions vite dans la folie ou la paranoïa. Bien entendu, il y a toujours des cas où cette confiance est abusée, où l’on nous trompe en abusant d’un capital confiance ou d’une position d’autorité. Gouvernements, autorités sanitaires, banquiers, médecins, et même l’épicier du coin, tous ont déjà abusé notre confiance, à des degrés divers. Car nous ne pouvons tout vérifier nous-mêmes…
    C’est pourquoi il est important non seulement d’avoir une plus grande transparence mais aussi une pluralité des sources, des croisements d’informations, des débats contradictoires et, surtout, surtout, de l’esprit critique.

  24. Olivier Cimelière

    Bien d’accord avec toi Fabrice sur la nécessaire évolution des CEO. Leur révolution intellectuelle va même à mon sens au-delà du Web et des nouveaux enjeux qu’il pose. Elle consiste à ce qu’ils comprennent, acceptent et pratiquent enfin la cohérence entre le discours public (qu’il soit diffusé sur le Web, la TV, le papier, la radio ou ailleurs) et la réalité des faits. C’est le fameux « Walk the Talk » dont on nous rabâche si souvent les oreilles en interne.
    Mais c’est justement la capacité à le pratiquer qui rendra les conversations crédibles et permettra aux entreprises de se distinguer de celles qui mentent, planquent ou truquent. J’ai bon espoir que les nouvelles générations de CEO comprennent cet aspect. Sinon, effectivement, persister dans la communication cosmétique est encore plus destructeur sur le Web car plus vite repéré et plus vite attaqué !

  25. Fabrice Epelboin

    @Michaël

    Tu mets le doigt sur une problématique centrale du monde de demain : la confiance et son rôle institutionnel et économique… A suivre :-)

    @Olivier

    Plus problématique encore, la transition de la « communication cosmétique » à la « communication honnête », en particulier pour ceux pour qui l’écart va être considérable…

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  1. Wikileaks pour les entreprises ReadWriteWeb France Mon, 20 Dec 2010 07:13:52 | Region MAG :

    [...] question depuis l’avènement de l’ère Wikileaks, autant celle de communicant, … Wikileaks pour les entreprises ReadWriteWeb France google_ad_client = "pub-8447556422850776"; google_ad_channel =""; google_ad_width = 468; [...]

  2. Tweets that mention Wikileaks pour les entreprises | ReadWriteWeb France -- Topsy.com :

    [...] This post was mentioned on Twitter by Fabrice Epelboin, damien douani, Askrin14, Kirst3nF, Etumnamboa and others. Etumnamboa said: Excellent article de Fabrice a lire RT @epelboin Wikileaks pour les entreprises http://bit.ly/fUKLaY [...]

  3. Le blog de Né Kid, agence d'intégration » La revue de presse de Né Kid – week 50 :

    [...] Read Write Web, le communicant de demain est un soldat de l’infowar. Internet [...]

  4. Le dîner du siècle : lettre ouverte à Denis Kessler | ReadWriteWeb France :

    [...] au lendemain du coup d’Etat réalisé par le numérique, dont il ne semble pas (encore) avoir réalisé la portée. “on évoque « complot » et « conspiration », ces [...]

  5. DailyTweet battle19vs20featuring12with2010 | Veilleurs.info 【ツ】 :

    [...] la diplomatie #Wikileaks prendra-t-elle des entreprises non vertueuses pour cible ? http://bit.ly/enL7ZM (via @marilor [...]

  6. La revue de presse du Community manager | Manager une communauté :

    [...] Wikileaks pour les entreprises http://rww.zergy.net/2010/12/20/a-la-une/wikileaks-les-entreprises-communication/ Dell, encore [...]

  7. Wikileaks pour les entreprises « Veille du Net.com :

    [...] Wikileaks pour les entreprises Share me ! Wikio [...]

  8. émergenceweb : blogue » Personnalisation et transparence en 2011. Peut-on gérer Wikileaks en entreprise ? :

    [...] Wikileaks pour les entreprises, par Fabrice Epelboin, sur ReadWriteWeb France [...]

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ReadWriteWeb est un blog dédié aux technologies internet qui en couvre l’actualité et se distingue par ses notes d’analyse et de prospective ainsi que par l’accent mis sur les usages et leurs impacts sur les média, la communication et la société. Il est classé parmi les blogs les plus influents de la planète par Technorati et Wikio. Publié en cinq langues, il s'appuie sur un réseau de correspondants locaux en Nouvelle-Zélande, aux Etats-Unis, en France, en Espagne, au Brésil, en Chine ainsi qu'en Afrique francophone. Ses articles sont publiés dans la rubrique technologie du New York Times.


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