Social Media Week San Francisco: De quelle conversation parle-t-on?

Sur le papier, cela ressemblait à une semaine particulièrement excitante. Les conférences, c’est formidable, cela dure dix heures d’affilée, on a un badge avec son petit nom, on court comme un forcené de salle en salle pour faire comme tout le monde, ou avoir l’air d’être là non pas uniquement pour le “networking” dans les couloirs, mais aussi pour les sessions. On s’assoit, on écoute pendant dix minutes, on lutte pour continuer par la suite.

Un peu l’enfer, parfois, honnêtement. Alors évidemment, le concept de « la semaine Social Media », on accroche d’un coup d’un seul. Un cadre informel, qui s’étale dans le temps, pour parler d’un phénomène qui nous passionne pas mal tout de même, quoi de plus séduisant?

Le problème, c’est l’intitulé même de ce que cette semaine devait être. Durant cinq jours, les mots que j’ai le plus entendu sont “conversation” et “real time”. Et pour cela, on se retrouvait dans ce qui ressemblait plus à un monologue se déroulant sur plusieurs jours. Paradoxale comme impression…

Pourquoi un monologue? Parce que j’ai eu le sentiment d’écouter toujours le même côté de la table. Celui où s’installent ceux qu’on écoute le plus, ceux qui savent, ceux qui ont 20.000 followers sur Twitter et un score sur Klout décent.

Je ne dis pas qu’écouter Tim O’Reilly et Brian Solis nous parler de “Collective Intelligence” pour démarrer la semaine n’était pas passionnant. Je dis que, tout à coup, au bout de quelques heures, puis de quelques jours, on finit par se dire qu’il y a une certaine ironie à parler de la révolution que représentent les plateformes dites de “médias sociaux”, tout en parlant assez peu de ceux à qui cela a offert une nouvelle fenêtre d’expression.

En fait, si, on en parle, mais ils ne sont jamais là, ils sont quasiment désincarnés. Un peu comme le mot lui-même: “Social Media”. Pour beaucoup d’entre nous, cela est en fait devenu synonyme de Facebook et Twitter, avouons-le. Comme un label, un monopole que plus personne ne remettrait en cause. Mais la quantité d’information est devenue si gigantesque, qu’on finit par se demander comment Internet peut continuer à être un réel vecteur de connexion, quand le sentiment que tout le monde parle en même temps se fait plus présent.

Alors évidemment, il est plus facile d’écouter ceux qui avaient les éléments clés pour se faire une place de choix. C’est ce que nous étions tous entrain de faire. Ecouter “des experts” n’est jamais inintéressant, mais il me semble que les utilisateurs, vous, moi sommes totalement intégrés à cette conversation, nous sommes plus qu’engagés. Internet a changé la vie de beaucoup d’entre nous. Merci de conceptualiser cela autour de “l’interest graph”. Mais comme je le dis souvent, les “buzzwords” ne représentent des réalités tangibles que pour ceux qui les créent. Pour l’internaute? En ce qui me concerne, je me pose beaucoup moins de questions: je veux un espace qui me permet d’échanger, d’être entendu, d’apprendre. Les utilisateurs sont ceux qui dessinent le web, mais la quantité d’information a rendu les “influencers” essentiel pour relayer ou y accéder, ceux-là même à qui l’on fait “confiance”.

J’avoue sur Twitter, je vais avoir tendance à suivre ceux qui ont l’air d’avoir la légitimité de m’informer. Oui, par légitimité, j’entends votre ratio followers/following. En l’écrivant, j’ai un peu honte et je me rends compte que cela peut être aberrant. S’interroger donc sur la notion de “Social Media” en soi aurait été logique et aujourd’hui nécessaire. En quelques années, tout a, encore, changé.

Ne pas commencer cette semaine par un retour sur la définition même du mot m’apparaissait étrange car considérer les choses comme un acquis, dans la vie, donc sur le web, me semble toujours dangereux, surtout que cela est devenu une obligation. Je ne sais pas pour vous, mais la plupart du temps, j’ai l’impression que mes dernières photos sur Facebook ont plus de chance d’être explorées que le dernier article qui me passionne. D’autant plus si je poste cela un lundi tôt avant que le flot du “mur d’actualités récentes” ne démarre. Et là, j’avoue, je fais comme tout le monde, je capitule, je finis par partager en me disant, un peu comme une bouteille à la mer “pourvu qu’ils le lisent, c’est tellement dément’’. Je ne parlerai pas de Twitter: le problème est le même, en pire, car tout va plus vite et le lien personnel entre moi et mes “followers” encore moins évident qu’avec mes “amis”. Qui n’a pas connu la solitude et la frustration du lien formidable qui n’obtient que trois cliques… (Oui, cela sent le vécu, jouons cartes sur clavier).

Alors peut-on encore dire que tout  cela est social? Une question pour beaucoup, beaucoup, de réponses….

J’aime l’idée qu’un media serait social par définition. Internet n’aurait rien inventé comme le dit Derek Powazek: “All media is social because human beings are social. The only difference is that it happens much, much, much faster now. We’ve sped up the refresh rate in our mediated conversations so much that the previous version looks like it’s not moving at all.

Mais la vitesse à laquelle la conversation se déroule est loin d’être un détail quand elle se complète par une augmentation du nombre de ceux qui s’y joignent. Comment continuer à vraiment échanger et engager? Je ne veux ni plus ni moins qu’être capable de faire ce que je fais instinctivement avec les autres. C’est pour cela que si le web se transforme en une conversation avec ceux qui tiennent les rênes d’un côté, et des gens qui sont assis à écouter avec le droit de poser des questions, quand on le leur donne (ce à quoi cette Social Media Week ressemblait parfois), le net ne sera absolument plus ce qu’il devait être. Internet est un espace ouvert à tous, où les experts peuvent être les passionnés, où être “au bon endroit, au bon moment avec les bonnes personnes” peut simplement vouloir dire être là où vous le souhaitez dans  un monde de connectivité totale. Les “influencers” ou “filtres” seront toujours nécessaires. Je souhaite juste que cela ne soit pas toujours les mêmes, et que la légitimité ne se fasse pas en terme de popularité mais de connaissance. L’utilisateur aurait eu sa place pendant cette Social Media Week.

Les débats ou événements qui m’ont le plus concerné sont ceux qui leur offraient une large place, qui au-delà du concept même de “conversation” me décrivait concrètement comment elle se déroulait ou comment la rendre encore plus fluide.

Dans un contexte “B2B”, la présentation du nouvel “e2” par l’équipe de Echo, qui se déroulait pendant la Social Media Week, révélait que les medias devait intégrer de plus en plus qu’internet ne pouvait être la reproduction de leur version papier ou une télévision bis pour les chaînes. L’interactivité devait devenir le coeur même de leur service sur le web. Non pas comme une obligation, mais comme une évolution améliorant leur façon de délivrer l’information à un public de plus en plus proche. Comme l’a affirmé le fondateur d’Echo sur scène, Khris Loux: ”In the way that print gave way to TV, static pages will give way…“. Echo présentait donc “e2,” leur nouvelle technologie qui permet aux éditeurs de transformer leurs pages en ce que le web semble préférer: “a real time conversation”. La démonstration de Sports Illustrated et de leur opération durant la Coupe du Monde 2010 pour répertorier, intégrer, créer la conversation sur leur propre site au cours de cet événement était éloquente et passionnante. Vous vous rendez compte que les médias qui réussiront le virage que provoque Internet seront ceux qui non seulement auront adopté les nouveaux comportements que cela implique mais surtout les technologies qui les représentent.

Dans un contexte plus “B2C”, c’est de loin la présentation de YouTube qui m’a le plus intéressé durant cette semaine. Pourquoi? Parce qu’elle ne parlait que de ce qui me passionne, de ceux qui ont trouvé sur le web une caisse de résonance pour des projets qui n’auraient jamais pu voir le jour sans trouver un soutien “viral” se propageant à la vitesse du web. Le débat de YouTube s’intitulait “YouTube, as the New Campfire”. L’image me plaît beaucoup. Voilà pour moi une comparaison qui parle vraiment de “conversation realtime”, en cercle, pour en terminer complètement avec ceux du bon côté et les autres. Alors évidemment, il est plus facile de faire une présentation faites de vidéos amusantes ou qui sont devenues des classiques du web, ou en racontant les histoires fascinantes telles que celle de Lauren Luke dont la vie a changé en transformant celles de millions de femmes: ou comment cette femme dite “ordinaire” est devenu le guide beauté du web en utilisant ses vidéos sur YouTube. Une caisse de résonance dont ont su aussi profiter des projets dingues comme le Symphony Orchestra.

Plus simple donc d’être à l’écoute pendant une heure. Mais c’est aussi parce que pour la première fois, les experts, ceux dont j’entendais parler, étaient ceux qui dessinaient 95% d’Internet. Ceux qui ne sont pas dans les cercles de la Silicon Valley. Ne vous y trompez pas, je suis fascinée en permanence par la capacité de cet endroit à penser le monde sans jamais se replier sur un microcosme. Mais cela n’empêche pas les discussions entre soi. Cette semaine correspondait plus à cela car une vraie célébration de ce qu’est le “social media” pour moi: une exploration des autres sans limites d’espace, qui me permet d’en apprendre autant sur eux que sur moi tout en accumulant de nouvelles connaissances. Je suis ce que j’aime, et non l’inverse.

Axelle Tessandier
@axelletess

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