Les droits de l’Homme appliqués aux données : datalove

Rares sont les politiciens en France qui comprennent quoi que ce soit à internet, et nombreux sont ceux qui pensent – parfois sincèrement – pouvoir expédier le problème en l’espace d’une rencontre. C’est un rôle qui m’est souvent attribué : celui de l’expert internet qui saura, l’espace d’un diner ou d’un petit déjeuner, transformer ce que la politique compte de plus ancré dans un XXe siècle qui s’éloigne, en politique 2.0 branché et au fait de la nouvelle ère internet qui s’annonce comme désormais inévitable.

Récemment, c’est à l’occasion d’une rencontre avec Génération France, un cercle de réflexion formé autour de Jean François Coppé, que j’ai pu goûter aux joies de ce que l’on entend par ‘débat’ dans le clan de ceux qui après avoir été de fervents supporters de Hadopi (et qui approuvent toujours les lois anti démocratiques de surveillance et de censure telles que Loppsi).

La semaine dernière, lors d’une intervention chronométrée de deux minutes trente face à un auditoire dont la moyenne d’âge frisait il y a peu encore l’âge de la retraite, je tentais de résumer le gouffre qui séparait le XXe siècle moribond et le XXIe siècle plein d’inconnues. Un échec absolu, souligné avec malice (ou ignorance) par Jean François Coppé himself, qui, prenant la parole après moi, concluait que du coté de l’UMP aussi, on avait désormais compris internet.

Un telle affirmation, faite à la suite d’une rapide démonstration de la fin d’un monde qui les avait mené jusque là, a de quoi décourager plus d’un activiste des libertés numériques. Ni Coppé, ni Jean-Pierre Raffarin, ni le parterre de stars de l’UMP présentes lors de l’évènement (a l’exception notable d’une Laure de la Raudière visiblement génée par le discours ambiant sur internet, à qui il a été consacré en tout en pour tout 5 minutes de temps de cerveau disponible), n’ont compris quoi que ce soit à ce que j’ai pu dire sur la nouvelle circulation de l’information, la transparence ou le monde d’après Wikileaks.

Au final, un petite opération de com’ interne de l’UMP version Coppé, destinée à donner l’illusion à ses troupes que le problème internet était sous contrôle. Une illusion qui causera la perte de la plupart d’entre eux.

Tout cela n’est qu’une question de point de vue

A défaut de faire comprendre un phénomène d’une complexité inouïe à des individus qui on décidé de ne pas y consacrer l’attention nécessaire, le plus simple est peut être de leur faire saisir le gouffre qui les sépare de la civilisation de l’internet qu’ils combattent de toutes leur forces et qu’ils cherchent désespérément à civiliser, comme on colonisait hier des contrées lointaines dont les territoires regorgeaient d’or et de richesses. Rien n’illustre mieux ce fossé que les principes du Datalove, récemment mis en ligne par Telecomix, un acteur essentiel – pour ce qui est de l’internet – des révolutions en cours dans le bassin Méditerranéen.

Datalove : les droits de l’Homme, appliquées aux données

Quand on voit le respect que les politiciens en place ont pour les Droits de l’Homme, s’imaginer qu’ils appliquent cela aux données est ridicule, mais cela a au moins de mérite de mesurer la distance qui sépare deux clans désormais engagés dans une lutte à mort (par obsolescence du camp adverse, il suffit d’être patient).

Love data
Aimez les données

Data is essential
Les données sont vitales

The data must flow
Les données doivent circuler

Data must be used
Les données doivent être utilisées

Data is neither good nor bad
Les données ne sont ni bonnes ni mauvaises

There is no illegal data
Il n’y a pas de données illégales

Data is free
Les données sont Libres

Data can not be owned
Les données ne peuvent pas être possédées

No man, machine or system shall interrupt the flow of data
Aucun homme ni aucune machine ne devrait interrompre le flux des données

Locking data is a crime against datanity
Enfermer les données est un crime contre la ‘Datanity’ (contraction de Data et Humanity)

Love data
Aimez les données


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4 commentaires pour cet article

  1. Icho

    Bon article.

    Après cette lecture et surtout après le « on avait désormais compris internet » de M. Coppé j’ai tout de suite pensé à une petite métaphore pour caricaturer un peu la situation.

    « Comment faire entrer 4 éléphants dans une voiture ? » très simple « 2 devant et 2 derrière ». Je trouve que cette petite blague représente assez bien le « on avait désormais compris internet ».

    Bien à vous Icho.

  2. Thomas

    Il ne manquerait pas une fin à cette phrase?
    « j’ai pu goûter aux joies de ce que l’on entend par ‘débat’ dans le clan de ceux qui après avoir été de fervents supporters de Hadopi (et qui approuvent toujours les lois anti démocratiques de surveillance et de censure telles que Loppsi). »

    Article qui selon moi ne fait que réveler la façon de procéder de la classe politique actuelle : aucune réflexion à long terme et beaucoup de communication pour pas grande chose.
    Il ne fallait pas s’attendre à un : « Quoi? On claque 12 millions par an pour Hadopi, et ça ne sert à rien? » :-)

  3. z

    «No man, machine or system shall interrupt the flow of data »
    –>
    Aucun homme ni aucune machine n’a à interrompre le flux des données

    Shall est un modal fort.. devrait serait une traduction de must.

    My 2 cts

  4. Denis

    Article divertissant mais sans plus, des politiques fermés à la technologie c’est presque pléonastique. Ceci dit, étant moi-même dans l’informatique, je comprends tout à fait la frustration provoquant un tel coup de gueule.

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