Le sous-développement économique, principale cause du piratage ?

Cory Doctorow relève la parution d’un rapport intitulé Media Piracy in Emerging Economies dont la thèse, certes provocatrice mais finalement assez logique, est la suivante :

Les prix culturels élevés (mesurés par rapport au salaire moyen dans les pays pauvres) sont responsables du piratage — c’est-à-dire que si vous analysez les attitudes sociales en matière de copie, les différences de contrôle, et ainsi de suite, le meilleur moyen de savoir si un pays connaîtra des violations répétées du droit d’auteur est de savoir si les produits culturels dans ce pays sont trop chers en relation avec le pouvoir d’achat des gens.

Le rapport, disponible ici et dont le prix varie (de 0 à 2.000 dollars) en fonction de l’utilisation et du pays de téléchargement, développe notamment les éléments suivants :

- Les prix sont trop élevés. Des prix élevés pour les biens culturels, de bas revenus et des technologies numériques bon marché sont les ingrédients principaux du piratage culturel généralisé. Relativement aux revenus locaux au Brésil, en Russie ou en Afrique du Sud, le prix au détail d’un CD, DVD ou d’un exemplaire de MS Office est cinq à dix fois plus élevé qu’aux États-Unis ou en Europe. En toute logique, les marchés culturels légaux sont réduits et sous-développés.

- La concurrence est une bonne chose. Le meilleur moyen de faire baisser les prix pour les biens culturels légaux est la présence d’entreprises locales fortes en concurrence pour les publics et consommateurs locaux. Dans le monde en développement, où des entreprises de film, de musique et de logiciels globales dominent le marché, de telles conditions sont largement absentes.

- L’éducation anti-piratage a échoué. Les auteurs ne trouvent aucun stigmate particulier de piratage dans aucun des pays examinés. En revanche, le piratage fait partie des pratiques culturelles quotidiennes d’une partie de la population importante et en augmentation.

- Changer la loi est facile. Changer les pratiques est difficile. Les lobbies industriels ont très bien réussi à faire changer les lois pour criminaliser ces pratiques, mais très mal réussi à les faire appliquer par les États. Il n’y a, d’après les auteurs, aucun moyen réaliste de réconcilier l’application massive de la loi et les droits de la défense, particulièrement dans les pays dont les systèmes juridiques sont fortement surchargés.

Ce qui fait peur, à la lecture de ces paragraphes, c’est que la plupart de ces points de réflexion semblent pouvoir être appliqués à la France. Est-ce à dire que nous sommes en train de devenir, en matière culturelle, un pays sous-développé ?


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3 commentaires pour cet article

  1. Celine432

    N’y a-t-il pas eu un glissement de sens dans la traduction du titre ? Dans l’article initial, n’est-ce pas les prix trop chers la cause du piratage et non le sous-développement ?

  2. do

    La réponse est oui.
    La France a pris comme modèle les républiques bananières: on y va tout droit.

  3. Jean-Baptiste

    La pauvreté n’explique pas tout. Les politiques totalitaires sont également responsables du piratage. On sait très bien que l’allemand de l’est avaient accès à la culture occidentale qui était pourtant interdite par le régime. De même, en URSS il y a eu une véritable culture de la contrefaçon (marché parallèle des disques pirates et contrefaçons par exemple) qui s’est développée au fil du temps.

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